Chronologie des comtes et dauphins de Viennois

Extrait de l’ouvrage, “l’art de vérifier les dates” écrit par les Moines bénédictins de l’Abbaye de Saint Maur et édité à Paris chez Desprez en MDCCLXX (tome 2, pages 454 à 459, Archives Nationales, en usuels)

Le texte dans cette page a été  transcrit par Benoît Guiffray (adhérent CGD n°1808) 
(Paris juillet 1999)

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La province que l’on nomme aujourd’hui Dauphiné était anciennement habitée par les Allobroges, les Ségalauni, les Tricastini, les Vocantii, les Caturiges, les Tricorii, les Brigantii etc .

La conquête de ce pays commencée par Q. Fabius Maximus fut achevée par Jules César. Dans la division qui se fit des Gaules sous Honorius, le Dauphiné fut attribué à la Province viennoise dont il porta le nom. De la domination des Romains, il passa sous celle des Bourguignons et à l’extinction du Royaume de ces derniers, il fut réuni à la Monarchie française.. L’an 879, il se trouva compris dans le nouveau Royaume de Provence, érigé par Boson. Rodolfe II, roi de la Bourgogne transjurane ayant réuni la Provence à ses états, le Dauphiné suivit le sort de cette province. Après la mort de Rodolphe III, il fut assujetti aux lois des rois de Germanie.

Ce ne fut pas néanmoins sans de grandes oppositions de la part des Seigneurs du pays lesquels ne se soumirent qu’à des conditions avantageuses pour eux et très préjudiciables au système monarchique. On vit alors les villes les plus considérables se donner avec leurs territoires aux Evêques telles que celles de Grenoble, de Valence etc. De la vient le titre de Princes que ces prélats conservent encore de nos jours. Les seigneurs laïques, de leur côté, se formèrent des principautés dans les possessions qu’ils surent se procurer. D’abord vassaux de l’Empire germanique, ils parvinrent insensiblement à la souveraineté. Entre ces seigneurs, ceux d’Albon au diocèse de Vienne furent les plus remarquables, ceux dont la fortune monta au plus haut degré.

Dans le Graisivaudan dont Grenoble est le chef lieu, ils fondèrent cette principauté qui a pris depuis le nom de Dauphiné.

1044, GUIGUES I

Guigues I, dit le Vieux, fut le premier Comte d’Albon qui posséda quelques terres dans le Graisivaudan ce qui arriva vers l’an 1044. " Jusque là, l’Evêque de Grenoble jouissait paisiblement en francaleu (franc-alleu) de tout le territoire de son Evêché," dit Saint Hugues, lui-même Evêque de Grenoble. Guigues après voir fondé le prieuré de Saint Robert à Cornillon près de Grenoble embrassa lui-même la vie religieuse à Cluny vers l’an 1063 au plus tôt ; l’on a un acte de lui de cette année par lequel il fait en qualité de comte d’Albon, certaines donations à l’église d’Oux. On met sa mort vers l’an 1075.

1063, au plus tôt, GUIGUES II

Guigues II, dit Le Gras, fils et successeur de Guigues I, mourut l’an 1080, laissant un fils du même nom que lui.

1080, ou environ, GUIGUES III

Guigues III, est confondu mal à propos par Chorier, Duchène et Baluze avec Guigues II, son père, auquel il succéda. Il eut plusieurs démêlés avec Saint Hugues, Evêque de Grenoble auquel il céda les Eglises et les dîmes qu’il pouvait avoir dans le Graisivaudan. Il épousa Mathilde ou Maisinde que l’on suppose être sortie d’une maison royale, sur ce qu’elle est qualifiée de reine (Regina) dans quelques titres. De ce mariage naquit Guigues IV qui suit ; on ignore l’année de la mort de son père.

GUGUES IV DAUPHIN

Guigues IV est surnommé Dauphin dans un acte passé vers l’an 1140 entre lui et Hugues II, Evêque de Grenoble. Ce surnom plut tellement à ses successeurs qu’ils l’ajouteront à leur nom et s’en firent un titre qui s’est conservé parmi leurs descendants.

Guigues Dauphin se rendit illustre dans la profession des armes. Il eut de fréquentes guerres avec les Comtes de Savoie et fut blessé dans un combat près de Montélimar. Il mourut de sa blessure, les uns disent en 1142 d’autres, avec plus de fondement, en 1149. Il avait épousé Marguerite, fille d’Etienne, Comte ou plutôt, Administrateur du comté de Bourgogne de laquelle il eut Guigues qui suit et Marchise femme de Robert III, Comte d’Auvergne.

1149, GUIGUES V

Guigue V succéda en bas âge à Guigues Dauphin son père, sous la tutelle de Marguerite sa mère. Parvenu à un âge plus avancé, il se rendit à la cour de l’Empereur Frédéric qui le fit Chevalier de sa propre main et lui donna Beatrix de Monterrat, sa parente, en mariage. A ces marques d’honneur, Frédéric ajouta le don d’une mine d’argent qui était à Rame dans le Briançonnais avec pouvoir de faire battre monnaie. Guigues fut le premier de sa race qui prit le titre de Comte de Viennois en vertu de la cession que lui fit Berthold IV, duc de Zeringen, de tous les droits que ses ancêtres avaient possédés dans la ville de Vienne par acte passé l’an 1155, en présence de l’Empereur Frédéric I.

Guigues mourut au château de Vizille en 1162, laissant encore à sa mère la régence du Dauphiné, avec le soin d’élever une fille unique Béatrix qu’il avait eue de son mariage.

1162, BEATRIX et HUGUES

Béatix, fille unique de Guigues V, lui succéda sous la tutelle de Marguerite son aïeule, qui mourut l’an 1163. Cette jeune Dauphine épousa :

1) Albéric Taillefer, fils de Raymond V, comte de Toulouse pendant la jeunesse duquel Alphonse son oncle administra le Dauphiné ;

2)Albéric étant mort sans lignée en 1180, Beatrix se remaria l’an 1184 à Hugues III, duc de Bourgogne ;

3) Ayant perdu ce deuxième mari l’an 1192, elle épousa en troisièmes noces, Hugues de Coligni, sire de Revermont, alliance qui est prouvée par un acte de ce seigneur et par une donation qu’il fit en 1202 (Valbonnais). Beatrix mourut en 1228 laissant de son deuxième mariage André qui suit, avec une fille nommée Mahaut et du troisième Marguerite, femme d’Amédée III, comte de Savoie.

1128, ANDRE ou GUIGUES VI

André qui prit le nom de Guigues VI, fils de Beatrix et de Hugues III, duc de Bourgogne succéda dans le Dauphiné à sa mère. Il épousa

1) suivant M. Expilii : Semnoresse fille de Aymar de Valentinois dont il n’eut point d’enfant. 2) l’an 1202, Beatrix de Sabran de Castellar, dite de Claustral, petite fille de Guillaume V, comte de Forcalquier, d’Avignon d’Embrun et de GAP.

L’an 1210, il répudia cette deuxième épouse sous prétexte de parenté quoiqu’il eut une fille nommée Béatrix qui fut mariée :

1) avec Amauri, fils aîné de Simon Comte de Montfort ;

2) avec Demétrius de Montferrat.

Guigues-André se remaria pour la 3è fois à Béatrix de Montferrat dont il eut Guigues qui suit. Béatrix, sa fille, étant veuve de ses deux maris lui fit cession de tout ce qui lui appartenait du chef de sa mère pour cent mille tournois. L’an 1225, il acquit de Guillaume I, Dauphin d’Auvergne par acte du 9 octobre, les terres de Voreppe et de Varacieu. L’année suivante, il établit à Champagnier un chapitre de 13 chanoines qu’il transféra en 1227 à Saint André de Grenoble. Guigues-André mourut le 5 mars 1237. Ce prince se qualifiait parfois de Prince de Viennois.

1237, GUIGUES VII

Guigues VII, fils et successeur du dauphin Guigues-André, prit les titres de Dauphin de Viennois, de Comte d’Albon de Gap et d’Embrun. L’an 1243, il fit hommage de ses comtés de Vienne et l’an 1245, il reçut de l’Empereur Frédéric II comme roi d’Arles, l’investiture des comtés de Gap et d’Embrun.. Charles d’Anjou, fit, à cette occasion revivre ses prétentions sur ces deux comtés et fut sur le point d’en venir à une guerre ouverte avec le Dauphin. Les choses s’accommodèrent, l’an 1257, par un acte du 17 juillet qui assurait au comte de Provence l’hommage des domaines contestés. Mais ce traité fit naître un nouveau différent qu’éleva l’Archevêque d’Embrun, prétendant qu’il donnait atteinte à ses droits. Le pape se déclara en faveur du Prélat et l’affaire n’était point encore terminée en 1297. Guigues VII n’en vit point la décision étant mort sur la fin de 1269 .

De Béatrix, fille de Pierre, Comte de Savoie, qu’il avait épousée le 3 décembre 1241, il laissa Jean, qui suit, et Anne, qui succéda à son frère. Quelques auteurs l’appellent Guigues VIII, comptant Hugues de Bourgogne pour Guigues VI et Guigues-André pour le septième. Jusqu'à Guigues VII, les Dauphins de Viennois avaient toujours gardé les armes des Comtes d’Albon, qui étaient un château à trois tours crénelées de trois pièces. Guigues VII est le premier Dauphin de Viennois qui ait pris un Dauphin dans son sceau privé, ce qu’il paraît avoir imité des Dauphins d’Auvergne mais son grand sceau portait les armes d’Albon (Valbonnais, histoire du Dauphiné p.378).

1269 JEAN I

JeanI, fils du Dauphin Guigues VII, lui succéda en bas âge sous la tutelle de sa mère Béatrix qui fit hommage le 17 mars 1269 à Charles I, Comte de Provence et Roi de Sicile.

Robert II, Duc de Bourgogne, disputa la régence à cette princesse, et l’obtint par un accord qu’il fit avec elle le 18 janvier 1272. Béatrix se remaria l’année suivante à Gaston VII, Vicomte de Béarn. L’an 1281, le Dauphin meurt vers le mois d’octobre sans avoir consommé son mariage avec Bonne, fille d’Amédée V, Comte de Savoie. Il fut enterré chez les Chartreux de Meulans.

1281, ANNE et HUMBERT I

Anne, sœur aînée du Dauphin Jean, se mit en possession du Dauphiné après la mort de ce Prince. Elle était mariée depuis le 1er septembre 1273 à Humbert, baron de La Tour du Pin, fils d’Albert III dont le bisaïeul Géraud de la Tour vivait au commencement du XIIème siècle. Pour faciliter cette alliance, Gui Evêque de Clermont et Hugues, Sénéchal de Lyon, frère de Humbert, lui avaient cédé la plus grande partie des biens qui lui étaient échus en partage, et Alise, sa belle sœur, veuve d’Albert, son frère, par son testament, du mois de mai 1273, lui avait transmis tous les droits qui lui appartenaient dans la succession de son mari.

Humbert, avant son mariage, avait été Chanoine de Paris, Chantre de l’Eglise de Lyon et Doyen de celle de Vienne. Après la mort du Dauphin Jean, il prit le titre de Dauphin mais ce titre lui fut contesté par Robert II, Duc de Bourgogne, qui prétendait succéder au Dauphin Jean, comme plus proche héritier de la ligne masculine. Cette prétention occasionna divers combats assez sanglants et plusieurs sièges. Mais enfin le roi Philippe le Bel, s’étant rendu médiateur, engagea les parties à conclure à Paris le 25 janvier 1285 un accommodement par lequel Humbert demeura possesseur du Dauphiné au moyen de la cession qu’il fit à Robert des terres de Coligny et de Revermont.

Amédée V, Comte de Savoie qui avait pris le parti du Duc de Bourgogne dans cette querelle, en avait une autre avec le Dauphin touchant la Baronnie de la Tour et d’autres terres qu’il prétendait relever de lui. Le Comte attira dans son parti Louis, Baron de Vaud, son frère le Seigneur de Gex, et l’Abbé d’Ambournai avec lesquels il forma une ligue contre le Dauphin. Celui-ci de son côté se fortifia de l’alliance de l’Archevêque et du chapitre de Vienne, de l’Evêque de Valence, de Jean Chalon, Baron d’Arlai et du Comte Valentinois. Il y eut des courses réciproques sur les terres ennemies et des châteaux pris de part et d’autre. Les parties, après avoir fait divers compromis qui suspendirent les hostilités sans les terminer, s’accorderont enfin, au mois de juin 1293, par un traité qu’imagina la Dauphine Beatrix, belle mère de Humbert. Ce fut de substituer, pour l’hommage exigé par le comte, la Baronnie de Faucigni, faisant la dot de Beatrix, à celle de la Tour (Valbonnais, T I p. 237). Deux ans avant cet accommodement, l’Empereur Rodolf étant arrivé, l’an 1291, en Suisse, le Dauphin et plusieurs Prélats et Seigneurs du royaume de Bourgogne vinrent le trouver à Murat pour lui offrir leurs hommages. Humbert remporta de ce voyage l’avouerie de l’Abbaye de St Claude que Rodolf lui conféra pour la tenir comme Senechal du Royaume de Bourgogne, droit qu’il transmit à ses successeurs.

La Dauphine Anne et son époux voulant assurer leur succession à Jean, leur fils, lui avaient fait donation, le 9 décembre 1289, de leurs états en se réservant l’usufruit des revenus. Mais, comme les Comtés d’Embrun et de Gap avaient été démembrés de celui de Fortcalquier, la donation avait besoin d’être munie du consentement de Charles d’Anjou II, Comte de Provence. C’est ce qu’il accorda par lettres du 31 décembre 1293 dans un voyage qu’il fit à Nice (Valbonnais p.73). Le jeune Dauphin, en vertu de l’hommage qu’il avait fait au Comte de Provence, se croyait dispensé de toute subordination féodale envers l’Archevêque d’Embrun. Le Prélat ne l’entendait pas ainsi et prétendait que l’hommage rendu pour ce domaine au Comte de Provence ne préjudiciait pas à celui qu’il devait à son Eglise. Charles II appuya cette prétention, et, par ses lettres datées de Viterbe, le 14 février 1297, il manda au Dauphin père, que deux hommages soient rendus pour la même terre à deux différentes personnes n’étant point incompatibles, il eut à satisfaire avec son fils à ce que l’Archevêque d’Embrun exigeait de lui.

Les querelles et les hostilités s’étant renouvelées entre le Comte de Savoie et le Dauphin, ils convinrent après s’être fait réciproquement beaucoup de mal, de prendre pour arbitre Charles de Valois, frère du Roi de France, lorsqu’il passa dans leurs Etats, pour aller au secours du Roi de Naples son cousin. L’acte du compromis dressé dans une prairie près de Montmeillan est du 5 des nones de juillet 1301. Charles de Valois ordonna préalablement la cessation de toute hostilité ; mais il fut mal obéit, comme on le voit par ses lettres datées de Tournus, à son retour, le 22 janvier 1302 (V.S.) Des réflexions sérieuses que fit le Dauphin Humbert sur lui-même, le déterminèrent à se retirer, dans le mois de Septembre 1306, à la Chartreuse de Val Sainte-Marie au diocèse de Valence. Il mourut le 12 avril de l’année suivante.

D’Anne son épouse, décédée vers la fin de l’an 1296 et enterrée à la Chartreuse de Salètes qu’elle avait fondée il laissa Jean, qui suit ; Hugues de la Tour, Baron de Faucigni par le don que lui a fait Béatrix, son aïeule, en 1303 ; Gui de la Tour, baron de Montauban, que M. Dupuy d’après Villani, a mal à propos confondu avec Gui, Chevalier du Temple, qui fut brûlé le 18 mars 1314, à Paris ; Henri, dit le Viennois, élu évêque de Metz ; et cinq filles, Alix mariée l’an 1296 à Jean I, comte de Fores après avoir été promise au Comte de Savoie, Amédée V ; Marie alliée à Aimar, petit fils d’Aimar III, Comte de Valentinois, morte religieuse à Salètes vers 1355 ; Béatrix, femme de Hugues de Chalon, sire d’Alai, morte à Casselle le 10 juin 1347 ; Marguerite, mariée en 1302 à Frédéric, fils de Mainfroi, marquis de Saluces ; et Catherine, femme de Philippe de Savoie Prince d’Achaie (Valbonnais T1 p. 170).

Humbert I mit dans ses armes un Dauphin accoste de deux tours avec leur avant mur.

Ce fut sous le gouvernement d’Humbert I que fut érigé en Abbaye Chef d’Ordre le Prieuré de la Motte Saint Didier situé à quatre lieux de Romans, non loin de l’Isère et dépendant de l’abbaye de Montmajour près d’Arles. Un seigneur Viennois nommé Jocelin, ayant obtenu de l’empereur de Constantinople les reliques de Saint Antoine, dans un voyage qu’il fit en cette ville vers l’an 980, les déposa dans l’église de ce prieuré où elles attirèrent un concours prodigieux de peuple par les miracles qu’elles opérèrent sur les malades attaqués du feu sacré, appelé depuis le feu Saint Antoine. C’était un érésypèle contagieux qui faisait d’horribles ravages dans plusieurs provinces de France. Gaston, autre seigneur Viennois, ayant éprouvé la vertu de ces reliques dans la personne de son fils, fonda près du prieuré, un hôpital desservi par les religieux laïques, pour le soulagement des malades tourmentés de ce mal. Les hospitaliers s’étant multipliés et répandus en divers lieux, le Pape Boniface VIII en 1297, les tira de la dépendance de Montmajour et convertit le Prieuré en Abbaye de Chanoines Réguliers sous le titre de St Antoine à laquelle tous les hôpitaux du même institut furent soumis. L’abbaye resta comme le Prieuré l’était auparavant dans la mouvance du Dauphin ; et nous voyons qu’en 1327 Guigues VIII reçut à St Marcellin l’hommage solennel de Ponce-d’Alayrac Abbé de St Antoine (Valbonnais TI p. 175).

JEAN II

Jean II, fils de Humbert et de Béatrix reçut, le 18 Avril après l’inhumation de son père, l’hommage des Seigneurs du Dauphiné qui avaient assisté à cette cérémonie. Il avait porté jusqu’alors le titre de Comte de Gapençois. Un moderne dit qu’il fit la Campagne de Flandres en 1302 pour le service du roi Philippe le Bel et qu’il reçut de ce Prince, outre une somme principale de dix mille livres pour les frais de la guerre, une rente annuelle sur le Temple à Paris qui fut augmentée d’une autre de deux mille livres par le roi Louis Hutin. Mais le Président de Valbonnais, qu’il cite en preuve, ne parle point de cette campagne et donne pour motif de ces gratifications les guerres que le Dauphin était obligé de soutenir contre les princes ses voisins, partisans des Anglais. De ce nombre était Amédée V, Comte de Savoie. Le Dauphin avait hérité de son père une guerre avec lui touchant leurs prétentions respectives sur la mouvance de différentes terres. Des arbitres réussirent enfin à leur faire conclure, le 10 juin 1314 un traité de paix qui fut suivi, le 17 octobre de la même année, d’un traité d’alliance entre eux pour la défense du Royaume d’Arles contre ceux qui voudraient l’envahir ou l’entamer. (Valbonnais p. 156 et 157).

Le Dauphin était fort alors par l’acquisition qu’il avait faite de la suzeraineté du château de Villars au mois de septembre 1308. Il y ajouta celle du Comté de Genève ; dont le Comte Guillaume lui fit hommage lige le 16 juin 1316. On sait que les vassaux étaient obligés de suivre leur Suzerain à la guerre avec leurs troupes. L’an 1317, Raymond, Baron de Meuillon, étant près de faire le voyage d’outre-mer, fit donation de sa terre, le 2 septembre au Dauphin Jean, qui en était déjà suzerain par l’hommage que son père en avait obtenu .

Le Dauphin Jean fit exécuter à la rigueur les Constitutions que le Pape Jean XXII avait publiées contre l’usure. On refusait en Dauphiné la sépulture ecclésiastique aux usuriers publics. Le Dauphin s’étant rendu à la Cour d’Avignon, mourut à son retour, le 5 mars 1319 (N.S.) au Pont de Sorgues, petite ville à une lieue d’Avignon, à l’âge de 38 ans. De Béatrix, fille de Charles Martel, roi de Hongrie, qu’il avait épousée l’an 1296, il laissa Guigues, qui suit et Humbert avec une fille nommée Catherine. La mère de ces enfants, cinq jours après la mort de son mari, entra dans l’ordre de Citeaux et devint abbesse de Val-Bessen, dignité dont elle se démit le 15 février 1340. Elle choisit alors pour sa retraite l’abbaye des Hages, d’où elle sortit dans la suite. Son fils Humbert qui s’était fait Dominicain, fonda l’an 1349, sur ce qu’il s’était réservé, un Monastère de Filles de Citeaux à Saint Just, transféré depuis à Romans. Ce fut là qu’elle mourut en 1354.

1319, GUIGUES VIII

Guigues VIII, fils aîné de Jean II, lui succéda à l’âge de neuf ans, sous la tutelle et régence de Henri de la Tour, son oncle, élu Evêque de Metz. L’an 1323, il épousa le 17 Mai, Isabelle fille du roi Philippe le Long à laquelle il avait été fiancé dès le 16 juin 1316. On raconte que le seigneur de Sassenage, l’un des vassaux du Dauphin, étant venu faire la demande de la Princesse, un maître d’hôtel du Roi, lui dit brutalement " qu’une si belle Dame n’était pas faite pour un gros cochon comme le Dauphin " injure dont l’ambassadeur vengea sur le champ son Prince en perçant de son épée le maître d’hôtel et le renversant mort à ses pieds. Le Comte de Savoie, qui se trouvait pour lors à Paris, donna retraite au meurtrier et fit sa paix avec le roi (Mizerai).

L’an 1325, Guigues se déclara pour Hugues de Genève, seigneur d’Authon, son vassal contre Edouard, Comte de Savoie qui lui faisait la guerre. Edouard les battit deux fois ; mais la même année, ils remportèrent sur lui une victoire considérable, le 9 Août, dans la plaine de Saint Jean le Vieux, devant le château de Varei dont il faisait le siège. Entre les prisonniers que fit le Dauphin, les plus distingués furent Jean de Chalon Comte d’Auxerre ; Robert de Bourgogne Comte de Tonnerre ; et Guichard sire de Beaujeux qu’il ne relâcha que longtemps après et moyennant de fortes rançons. L’an 1328, après une trêve conclue avec Edouard, par ordre du roi Philippe de Valois, Guigues, accompagné de Henri, son oncle, suivit ce Monarque en Flandres avec les troupes qu’il menait à son secours et combattit à la bataille de Montcassel, donnée le 28 Août de cette année. Henri son oncle, mourût peu de temps après son retour en Dauphiné.

Aymon, successeur d’Edouard, ayant renouvelé la guerre contre le Dauphin, Guigues alla assiéger le château de la Perrière. Il y reçut une blessure dont il mourut le lendemain, 28 juillet 1333 (1) à l’âge de 24 ans, sans laisser d’enfant de son mariage. Isabelle, sa veuve, se retira en Franche-Comté, où elle épousa en secondes noces, Jean Baron de Francognei (voyez. Edouard dit Aymon Comte de Savoie)).

1) La plupart de ceux qui ont parlé de la mort de Guigues VIII l’ont mise au 25 ou 26 du mois d’août 1333. L’inscription de son tombeau qu’on a voulu restituer et qui se lit dans l’église St André de Grenoble, au-dessus des sièges des Chanoines, s’éloigne encore davantage de la véritable date de cette mort qu’elle suppose arrivée le 30 août L’historien Villani qui paraît avoir été mieux instruit, rapporte cet événement en ces termes :" Nel anno 1333 all’uscita del messe di luglio, essendo all’assedio della Pereira, castello di Savoia, con mille cinque cente cavalieri". Mais le testament que GUIGUES fit le jour même de sa mort dans une grange où il avait été porté, ne laisse aucun doute là dessus. Il est daté de l’an 1333, dié Mercurii post festum B. Mariae Magdalenae, ce qui marque le 28 juillet (Valbonnais pr. P. 237)

1333, Humbert II

Humbert II, né l’an 1312, baron de Faucigni depuis 1328, succéda l’an 1333 à Guigues VIII, son frère. Il était absent depuis 1328, étant allé en Hongrie pour recueillir la succession de Clémence de Hongrie, veuve de Louis Hutin, Roi de France, sa tante, qui l’avait institué son héritier universel. De là, étant passé à Naples, il y avait épousé l’an 1332, Marie de Baux, fille de Bertrand, Comte d’Andria et nièce du Roi Robert par Béatrix sa mère.

Pendant son absence, Béatrix de Viennois, sa tante, exerça la Régence du Dauphiné avec les principaux seigneurs du pays. La victoire remportée par Guigues VIII sur le Comte de Savoie, l’an 1325 à Varei, des arbitres choisis de part et d’autre parvinrent à établir une paix solide entre elles par un traité qu’elle conclurent le 7 Mai (Général de Beaumont T.I p. 405)

L’an 1335, l’évêque de Genève, inquiété et troublé par le Comte de Genevois, transporta au Dauphin les hommages que ce Comte lui devait pour divers châteaux et seigneuries situés en ce pays. L’acte est du 1er octobre (Valbonnais T. II p.301). Cette concession fut de très près suivie de la perte que fit le Dauphin de son fils unique, âgé de deux ans et demi. Une ancienne tradition, adoptée par des écrivains modernes, porte que la nourrice de l’enfant, ou le Dauphin lui-même, en le balançant sur une fenêtre du château de Beauvoir en Royans, sous laquelle passait la rivière Isère, le laissa tomber dans l’eau où il se noya. Mais, le Président de Valbonnais s’inscrit en faux contre ce récit, ainsi que contre l’épitaphe de ce jeune prince, où l’on donne l’année 1338 pour la date de sa mort. Il prouve effectivement par un titre de la chambre des comptes de Grenoble que l’enfant mourut au mois d’Octobre 1335 ; et de ce qu’un autre titre porte qu’il était malade quelque temps auparavant, il en conclut que ce fut cette maladie qui l’enleva. Quoiqu’il en soit, le père fut inconsolable de cet événement.

Il n’y avait point encore de tribunal fixe et permanent en Dauphiné pour juger les causes en dernier ressort. Humbert par lettre du 22 février 1337 (V.S.) établit un Conseil Delphinal à St Marcellin (Valbonnais pr. P. 328) et trois ans après il le transporta dans la ville de Grenoble dont il partageait la Seigneurie avec l’Evêque. Guillaume de Vienne, Seigneur de Saint George, formait à l’exemple de ses ancêtres des prétentions sur la ville et le Comté de Vienne comme descendant, disait-il des Comtes de Vienne et de Macon. Ne pouvant les faire valoir, il en traita par acte du 9 novembre 1337 avec le Dauphin (Valbonnais T. II p.347). Cette acquisition litigieuse ne fut pas oisive entre les mains de Humbert. L’année suivante, pendant l’absence de l’archevêque, il fit une irruption subite dans Vienne dont il se rendit maître et obligea les habitants, par traité, le 22 août, à le reconnaître pour Gardien de leur ville. Cinq jours après, le chapitre métropolitain qui partageait l’autorité temporelle avec l’Archevêque, lui abandonna ses droits, et le surlendemain il l’associa au nombre de ses chanoines (l).

1)Je remarquerai ici, dit M de Valbonnais, que les Dauphins de Viennois étaient chanoines nés en plusieurs églises, comme en celle de Vienne et d’Embrun. Ils assistaient au choeur, de même que les autres chanoines, revêtus des marques de cette dignité. Quoique l’église du Puy fût hors des terres de leur domination, il y jouissaient toutefois de la même prérogative en qualité de Comtes d’Albon. Lorsqu’ils venaient s’y faire recevoir, l’Evêque et le Chapitre allaient en procession au devant d’eux et les accompagnaient à l’église au son des cloches et des instruments de musique. Ils étaient ensuite installés dans une place de Chanoine et admis à la distribution du choeur. Ils avaient droit aussi de prendre sur l’autel tout l’argent des offrandes dont ils faisaient part aux assistants. L’an 1282, Humbert étant allé au Puy, prit possession de sa place de Chanoine et reconnut la tenir en fief de l’Eglise, ainsi que les terres et revenus qui en dépendaient. (T.1 p.231).

Humbert se piquait de magnificence, et tenait une cour sur le pied de celles des têtes couronnées. Il ambitionna même les honneurs de la royauté; et nous avons une lettre d’Edouard III, roi d’Angleterre, à l’Empereur Louis de Bavière, en date du 3 mars 1338, par laquelle il le supplie d’accorder au Dauphin le titre de Roi d’Arles. (Rymer T.V p.10) Louis de Bavière se rendit d’autant plus volontiers à cette demande qu’il acquérait par là un nouveau partisan dont il avait grand besoin dans les conjonctures critiques où il se trouvait. Mais, Humbert, faisant ensuite réflexion qu’en acceptant cette faveur, il allait se compromettre avec la Cour Pontificale, siégeant pour lors à Avignon, et ennemie déclarée de Louis de Bavière qu’elle refusait de reconnaître pour Empereur, ne jugea pas à propos d’en faire usage. Il ne négligea pas, de même, l’exercice de l’autorité qu’il s’était fait accorder dans Vienne par le chapitre et les habitants de la ville l’Archevêque s’étant pourvu contre ses entreprises à la cour d’Avignon, obtint de Benoit XII une Bulle en date du 12 des calendes de décembre 1340, qui déclarait nulle la cession que le chapitre avait faite au Dauphin sur les droits de la ville (Valbonnais T.II p.324) .

Humbert avait traité plus solidement, le 20 Juin de cette année, avec Ainard II, Baron de Clermont. Par l’acte de leurs conventions, Ainard fit au Dauphin donation pure et simple des terres de Recoin, de la Chapelle, de la co-Seigneurie de Divisin, du domaine supérieur de Montferrat etc. qui ne relevaient d’aucun seigneur ; et le Prince en échange lui donna le Vicomté de Clermont en Trièves, le créa Grand-Maitre-d’Hôtel de sa maison et de celle de la Dauphine et le déclara Capitaine-Général de ses armées, ordonnant qu’en cette qualité il commanderait toujours l’avant-garde de ses troupes, charges qui seraient héréditaires dans sa maison. Ainard II remontait de père en fils à Siboud, Seigneur de Clermont et de Saint Geoire dont il est fait mention dans un titre de la Chartreuse de Silve-Bénite de l’an 1080 (Anselme T. VIII p. 907).

Cependant, le faste que Humbert étalait étant au dessus de ses revenus, il était obligé de recourir aux emprunts pour le soutenir. L’an 1340, il était redevable depuis plusieurs années envers la Chambre Apostolique de 16 mille florins qu’il différait toujours de rembourser. Le Pape Benoît XII, las de ces délais, employa cette année la voie des censures, fort usité alors en pareil cas pour le contraindre à s’acquitter. Elles firent leur effet, Amblard de Beaumont, Ministre du Dauphin, ayant ramassé cette somme, la porta à la Chambre Apostolique. Mais on refusa de la recevoir si l’on n’y joignait pas la terre d’Avisan sur laquelle sa Sainteté avait des prétentions. Ainsi le Dauphin resta sous l’anathème jusqu'à la mort de Benoît, arrivée l’an 1342. La difficulté s'étant aplanie sous Clément VI, ce pontife par son bref du 23 juillet 1342, donna pouvoir au Confesseur du Dauphin de l’absoudre en l’exhortant à lui imposer en pénitence quelque œuvre pie. Ce fut ce qui occasionna la fondation que Humbert fit par ses lettres du 24 décembre de cette année, d’un monastère à Montfleuri près de Grenoble, pour 80 religieuses de l’Ordre de St Dominique. Les dépenses que cet établissement exigeait, jointes à celles de sa cour, qui ne diminuaient pas, dérangèrent tellement ses affaires, qu’il se vit hors d’état de satisfaire ses créanciers.

Le Roi Philippe de Valois, instruit de son embarras, gagne ses officiers, et les engagea à lui persuader de faire cession de ses états à la France, sous la promesse d’en recevoir une compensation qui le mettrait en état de passer heureusement le reste de ses jours. La négociation réussit au gré du Monarque. L’an 1343, par un traité qui fut ratifié

1) à Vincennes le 23 Avril;

2) Quelques jours après à Sainte Colombe près de Vienne, où le roi s’était transporté

Humbert fit donation de tous ses états à Philippe, Duc d’Orléans, fils puîné du Roi, lui substituant, faute d’hoirs, l’un des fils de Jean de France, Duc de Normandie, tel qu’il plairait au Roi de nommer. Mais, l’année suivante, on fit, en présence du Pape, le 9 Juin à Avignon, un autre traité par lequel Humbert faisait donation entre vifs, pure et irrévocable, de tous ses états en faveur de Jean, Duc de Normandie ou de l’un de ses enfants, sous la condition que son successeur aux dits Etats conserverait aux Dauphinois leurs privilèges ; ce qui fut confirmé par deux bulles du Pape Clément VI données le 9 Juillet et le 11 Septembre suivant. Il est remarquable que le Pape donna ces bulles par l’autorité tant impériale que pontificale, regardant la première de ces deux autorités comme dévolues au Saint Siège par l’excommunication de Louis de Bavière qui rendait, selon lui, l’Empire vacant.

"Auctoritate, dit-il , tam apostolicae quam imperiali cum imperi regimen, eo vacante, sicut nunc vacat, in nobis et in Romana Ecclesia residens noscatur" (Mem. De l’ac. des B.L. T. XXXVII, p.460) .

Cent vingt mille florins d’or et dix mille livres de pension viagère furent le prix de la libéralité du Dauphin envers la France. Amblard de Beaumont, qui fut l’âme de la négociation, avait été récompensé dès l’an 1343 par une pension de 600 livres que lui avait assigné le Monarque français. La légèreté et l’inquiétude de Humbert ne lui permirent pas de vivre en repos après le sacrifice qu’il venait de faire.

Le Pape ayant publié une Croisade contre les Turcs, il demanda et obtint d’en être nommé le Chef. Revêtu de ce titre; il reçoit le 25 mai 1346, des mains du Pape à Avignon, l’Etendard de l’Eglise, et va s’embarquer le 2 septembre à Marseille. Ayant abordé à Nègrepont, il entra de là en Asie. Après quelques avantages remportés l’année suivante sur les infidèles, il reçoit un ordre du Pape de faire une trêve avec eux. Alors, il remet à la voile pour son retour, et perd à Rhodes, dans le mois de mars ou d'avril 1347 son épouse, qui l’avait accompagné.

On parla, quand il fut revenu, de le remarier ; et comme les traités qu’il avait faits avec la France n’offraient qu’une succession éventuelle, ce projet donna de l’inquiétude à cette couronne. Il fallut négocier avec lui de nouveau, et l’on vint à bout de lui lier entièrement les mains par un traité dressé le 29 mars1349 à Romans : après quoi, dans une assemblée solennelle, tenue le 16 juillet à Lyon, en présence de Jean, Duc de Normandie, fils aîné du Roi de France, Humbert fit une abdication solennelle de tous ses états en faveur de Charles de France, fils aîné du Duc de Normandie, qu’il investit sur le champ en lui donnant l’ancienne épée du Dauphiné et la bannière de St Georges avec un sceptre et un anneau (Valbonnais, T1 p.349 et 350). Le même jour, le nouveau Dauphin, par un acte particulier, fit entre les mains de l’Evèque de Grenoble, représentant le corps de l’Etat, le serment de conserver les libertés, coutumes et privilèges du Dauphiné conformément à la dernière Ordonnance dressée le 14 mars précédent, par ordre de Humbert : c’est ce qu’on appelle le Statut Delphinal. Le lendemain, Humbert, à la persuasion de Jean Birel, Général des Chartreux, son Confesseur, prit l’habit de Saint Dominique.

Le 13 du même mois, Charles rendit hommage devant le grand autel de l’église cathédrale de Lyon à l’Archevêque Henri de Villars et à son chapitre, les mains jointes entre celles du Prélat pour différentes parties du Dauphiné qui relevaient de cette église, et qui sont énoncées dans l’acte qu’on dressa de cette cérémonie. Le 2 août de la même année, il rendit un semblable hommage à l’église de Vienne (Rec. De Fontanieu vol. 77) ; et, dans le mois de décembre suivant, il fit à Grenoble son entrée à laquelle Humbert assistât avec l’habit de son ordre (Valbonnais T.1 p.351).

L’abdication d’Humbert n’était point encore solennellement notifiée à ses sujets. C’est une formalité qu’il remplit le 1er février 1350 en présence des principaux Seigneurs du pays assemblés dans le couvent des Dominicains de Grenoble auxquels il déclara par un discours également ferme et touchant " qu’à l’avenir ils eussent à reconnaître Charles de France pour leur légitime Souverain. " (journ. de Verd. oct 1745 p.254).

La même année, Humbert s’étant rendu à Avignon pour être promu aux Ordres Sacrés, il les reçoit tous, dans l’intervalle des trois messes de Noël, de la main du Pape. Cette précipitation dont le prétexte était d’honorer davantage le Dauphin et le vrai motif de l’empêcher de rentrer dans le monde, comme le bruit courait qu’il en avait le dessein, fut suggéré par la Cour de France avec laquelle Clément VI agit toujours de concert dans cette affaire. Pour la tranquilliser parfaitement sur le compte de Humbert, huit jours après il le sacra Patriarche-Latin d’Alexandrie. Le roi le fit pourvoir, en 1352 de l’administration de l’Archevêché de Reims et le nomma le 25 janvier 1354, Evêque de Paris. Mais Humbert se démit du soin de l’église de Reims, le 22 février suivant, entre les mains du Pape, renonça à l’Evêché de Paris et se retira à Clermont en Auvergne, dans le couvent de son ordre où il mourut le 22 mai 1355, comme porte l’épigraphe gravée sur sa tombe, dans la 43e année de son âge. Son corps fut transporté chez les Dominicains de Saint Jacques à Paris, et inhumé dans le choeur de leur Eglise, près de la reine Clémence de Hongrie, sa tante. Outre le fils qu’il avait eu de son mariage, mort comme on l’a dit en 1335, il laissa un fils naturel, Amédée, avoué de Viennois, duquel descendent les Seigneurs de Viennois et deux filles naturelles, dont la seconde, nommée Catherine, fut mariée à Pierre Lusinge.

Ce prince avait ordonné, l’an 1345, suivant Chorier, qu’on mit à la première syllabe de son nom un y, et qu’on écrivit Ymbertus au lieu de Humbertus. On trouve, néanmoins, des actes postérieurs à cette ordonnance, dans lesquels il est nommé Humbertus. Mais il paraît qu’en plusieurs occasion on se conforma à sa volonté puisqu’on a aussi des actes où il est appelé Ymbertus.

Il y a deux remarques encore à faire sur le traité qui ajouta le Dauphiné aux Domaines de la Maison de France:

1) Que ce traité porte expressément que " les armes et le nom des Dauphins seront conservés à perpétuité par ceux qui leur succéderont ; et que leurs Etats, quoique faisant partie dès lors du Royaume de France, seront possédés séparément et à titre différent par leurs successeurs, à moins que l’Empire ne se trouve réuni en leur personne. (C’est pour cette raison que, dans leurs déclarations et aux lettres expédiées pour le Dauphiné, nos rois n’ordonnent l’exécution de leur volonté qu’en qualité de Dauphins et sous le sceau et les armes des anciens Princes de ce nom);

2) que ce ne fut pas une des conditions du traité que les seuls fils aînés de nos rois porteraient le titre de Dauphin, quoique cela eût toujours été ainsi.

L’an 1357, l’Empereur Charles 1V en qualité de Roi d’Arles, accorda par lettres du 1er Janvier à Charles, Dauphin et Duc de Normandie, la confirmation de tous les droits et privilèges que les Dauphins de Viennois tenaient de ses prédécesseurs (Cartul. Delphin.). L’an 1378, le même Empereur, par lettres données à Paris le 7 Janvier, nomma son Lieutenant ou Vicaire au Royaume d’Arles le Dauphin Charles, fils du roi Charles V. Quoiqu’il n’eût pas l’âge d’exercer les fonctions de cet emploi ; et le 23 du même mois ce jeune Prince, donna commission au Gouverneur du Dauphiné d’exécuter les lettres de l’Empereur, son oncle, et de la Maison de Chanaux. (Rec. de Fontanieu Vol 96).

En 1426, le Roi Charles VI céda le Dauphiné au Dauphin Louis, son fils, qui n’avait que trois ans ; cession qu’il confirma l’an 1440. Mais c’est la dernière de toutes. Dans la suite nos Rois se sont contentés de faire porter à leurs aînés le nom des Dauphins avec leurs armes écartelées.

Le Dauphin (qui fut depuis le Roi Louis XI) s’étant retiré, mécontent du Roi Charles VII, son père, en Dauphiné, y érigea, par lettres patente du 29 Juillet 1453, le Conseil delphinal en Parlement, Charles n’ayant point désavoué par aucun acte formel cet établissement, le parlement de Dauphiné date son érection de l’an 1453. Mais le Parlement de Bordeaux soutient qu’elle ne doit se compter que de la confirmation que Charles VII en fit par son édit du 4 Août 1455. Il est cependant vrai que le Parlement du Dauphiné a toujours été nommé immédiatement après ceux de Paris et de Toulouse, et qu’il a précédé celui de Bordeaux en plusieurs occasions ; par exemple, dans la Chambre de Justice de l’an 1661, les Commissaires des deux parlements alternèrent, l’un ayant la préséance un jour, et l’autre le jour suivant. (M.Expilii).

 

Nota : en complément,

 

LES PAPES EN AVIGNON

du même ouvrage

 

CLEMENT V

Bertrand de Got, né à Villandrau dans le diocèse de Bordeaux dont il devint Archevêque fut élu Pape le 5 de juin 1305. Son couronnement se fit à Lyon le 14 septembre, en présence du Roi Philippe le Bel qui avait procuré son élection, après avoir convenu de certaines conditions avec lui. Cette cérémonie fût troublée par un accident fâcheux . Comme elle avait attiré une grande foule de peuple, une muraille trop chargée de spectateurs s’écroula, blessa le Roi, écrasa le Duc de Bretagne, renversa le Pape et lui fit tomber la tiare de dessus la tête. On ne manqua pas de tirer à mauvais augures pour le nouveau Pontificat, ces circonstances funestes. Le préjuge redoubla dans l’esprit des Italiens lorsque Clément déclara qu’il voulait résider en France. Son premier soin fut d’affranchir de la Primatie de Bourges l’Eglise de Bordeaux, par une Bulle donnée à Lyon le 26 novembre. Il en expédia deux autres le 1er février 1307 en faveur de la France. Par une autre rendue le 20 du même mois , il révoque les commendes.

Au commencement d’avril suivant, il se rendit à Bordeaux et à Poitiers. Là dans une entrevue qu’il eût avec Philippe le Bel, au mois de juin, ce prince le pressa vivement de condamner la mémoire de Boniface VIII. Clément éluda cette demande en renvoyant l’affaire au Concile Général. Mais le principal objet de la conférence fut la ruine des Templiers. Philippe le Bel à son retour les fit tous arrêter en un même jour par toute la France le 13 octobre 1307. Le Pape l’ayant appris en partit affligé. Il suspendit même les pouvoirs de l’Inquisiteur Guillaume de Paris mais ensuite, il leva le suspense le 5 juillet 1308 et donna au mois d’août une bulle pour la convocation d’un Concile Général à Vienne. L’an 1309, au mois de mars, Clément fixe sa résidence à Avignon. Telle est l’époque du séjour des Papes en cette Ville.

1316, JEAN XXII - 1334, BENOIT XII - 1342, CLEMENT VI

1352, INNOCENT VI -1362, URBAIN V -

1370, GREGOIRE XI

Pressé par les sollicitations de Sainte Catherine de Sienne, de Saint Brigitte et de Pierre, Infant d’Aragon, Grégoire partit d’Avignon le 13 de septembre 1376 pour se rendre à Rome où il fut triomphalement reçu. Il mourut à Rome le 27 mars 1378.